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AAC - Cultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux)

AAC - Cultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux)
Appel à communication : Cultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux)
Numéro de la revue Mise Au Point, dirigé par Martin Barnier (Université Lumière Lyon2), Marie-France ChambatHouillon (Université Paris-Panthéon-Assas), Arnaud Mercier (Université Paris-PanthéonAssas).

La notion de populisme est rattachée historiquement à la sphère politique. Elle a émergé au XIXe siècle en Russie pour caractériser un courant révolutionnaire prenant appui sur les communautés paysannes. Le terme se retrouve également de l’autre côté de l’Atlantique. Aux USA, à la fin du XIXe siècle, un mouvement de fermiers du Sud fortement endettés constitue le People’s Party pour lutter contre le développement d’une culture capitaliste et ses dérives oligarchiques. Dépeint par J. Steinbeck dans son roman Les Raisins de la Colère, ce collectif est mis en scène dans le film éponyme par John Ford (1940). Le socle commun utopiste des premiers « mouvements populistes » pose les conditions d’un « peuple » émancipé, devenant un agent démocratique et progressiste.

On ne peut que constater que les fondations historiques du populisme semblent très éloignées des valeurs négatives (réactionnaires, xénophobes, nationalistes, identitaires, etc.) qui lui sont actuellement rattachées. Ce terme a dérivé d’un sens positif (les romans et les films populistes des années 1930 comme ceux de Capra) à une connotation très négative actuelle, voire péjorative. Sans évacuer l’évolution historique des usages de ce vocable, allant d’une visée descriptive vers une visée disqualifiante contemporaine, dénonçant les conduites politiques mensongères, discriminatoires et racoleuses (Laugier, Ogien, 2015), nous souhaitons observer la façon dont les médias évoquaient et continuent d’évoquer le populisme dans sa perception actuelle.

Le phénomène populiste caractérise une grande diversité d’actions politiques et d’idéologies. S’y retrouvent des programmes politiques du XXe et XXIe siècle, qui vont du perronisme argentin au régime politique d’Hugo Chavez, en passant par l’élection de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil. Il caractérise également l’attitude présidentielle de Donald Trump (populaire grâce à un programme de téléréalité), ainsi que le succès sur la scène politique italienne de Beppe Grillo, leader du mouvement 5 étoiles, humoriste et également homme de télévision initialement. Face à cette hétérogénéité de régimes et d’acteurs politiques, le populisme apparait, pour certains auteurs, une notion en « quête d’un paradigme fédérateur » (Dorna, 2005). Ce phénomène possède des caractéristiques communes dont, en particulier, la validation d’une idée ou d’une action « au nom du peuple » (le supposé peuple s’opposant aux élites), l’opposition systématique à l’establishment, le recours aux affects dans les discours, sans oublier la présence d’un leader charismatique « représentant le peuple ». L’incarnation est un trait fort du populisme.

Bien que les relations entre populisme et médias ne soient pas récentes, puisque le « populisme médiatique » (Eco, 2006) ou encore le « télépopulisme » ont été dénoncé pour rendre compte des trajectoires politiques de Silvio Berlusconi ou encore de Bernard Tapie, qui est d’ailleurs devenu emblématiquement, lui aussi, un personnage de fiction pour une série qui porte son nom (Tapie, 2023), nous aimerions comprendre comment ces caractéristiques peuvent revêtir différentes formes selon les récits, les genres médiatiques (talk-show, télé-réalité, divertissement) et fictionnels qui les promeuvent, critiquent ou médiatisent.

La récente étude de Claire Sécail consacrée à l’émission de Cyril Hanouna Tout le Monde en parle diffusée sur C8 (Sécail, 2024) montre que le « télé-populisme » d’Hanouna combine à la fois la rhétorique « anti » du discours populiste classique (anti-parlementarisme, anti-élitisme et populisme pénal) et le fonctionnement d’un dispositif de plateau avec un public valant pour le peuple. Ainsi, on peut s’interroger sur la neutralisation du pluralisme, une des dimensions du populisme (Müller, 2016) au sein de formats et genres médiatiques (linéaire ou en ligne) par des dispositifs censés favoriser la diversité des points de vue et leur circulation. Et si la télévision relève d’un système médiatique et économique fondé sur des logiques de validation populaire de ses contenus, sous quelles conditions au sein des émissions, peuventelles être envisagées comme une déclinaison du motif de « l’appel au peuple » ?

Le tournant numérique de la société n’est pas en reste. Loin d’être des technologies neutres, de simples interfaces opérationnelles d’information et de divertissement, les plateformes en général et plus particulièrement YouTube ne sont pas dénuées d’une certaine « idéologie » fondée sur un « appel aux utilisateurs ordinaires et à leur créativité » dessinant ainsi une visée « égalitaire et populiste » (Gillepsie, 2010). La désintermédiation promue par les plateformes et les réseaux sociaux numériques ne réalise-t-elle pas le rêve de tout leader populiste d’être en prise directe avec le peuple ? Est-il nécessaire de rappeler le penchant pour le réseau social Twitter de Donald Trump pendant sa présidence ? Et le déferlement des courtes vidéos virales utilisées par les populistes pour remporter les élections (Trump, Bolsonaro, Javier Milei…) ?

Les fictions (par exemple, La Conquête, 2011 ; Présidents, 2021) peuvent être mobilisées à travers la représentation des campagnes électorales au goût de « populisme hybride » de Nicolas Sarkozy (Charaudeau, 2008). De nombreuses séries s’intéressent à la chose politique en accentuant des ressorts démagogiques ou populistes des actions de leur personnages (House of Cards 2013, Baron noir, 2016). On peut se demander s’il est possible de composer une série politique sans flirter avec ce phénomène. Plus récemment, la série La Fièvre (2024) met en récit le rôle des réseaux sociaux, des divertissements et du sport pour accélérer la pénétration publique des thèses populistes identitaires en jouant sur les peurs et les émotions collectives.

La fiction a toujours été friande de personnages à la fois complexes et décomplexés, à l’instar des trois biopics (1949, 1958 TV, 2006) réalisés sur l’homme politique sudiste américain Huey Peirce Lon, en articulant les aspects les plus noirs de sa vie aux plus sympathiques. On pourra aussi se demander comment, au cours de l’histoire du cinéma, les films ont dépeint des personnages populistes, imaginés ou réels. Entre des films ou des séries issus de provenances nationales différentes, et relevant d’époque de production variées, a-t-on toujours affaire au même populisme ?

L’ambition de ce dossier de MAP est de comprendre comment la rhétorique et les imaginaires du populisme innervent les différents médias (cinéma, télévision, plateforme, réseaux sociaux) et travaillent de façon privilégiée des genres (fiction, télé-réalité, divertissement) et des formats médiatiques. Que devient la rhétorique populiste dans les médias audiovisuels ? Dans quelles formes s’incarne-t-elle ? Quelles sont ses iconographies ou figures de prédilection ? Quels sont les récits médiatiques ou fictionnels qui la mobilise ? Et comment les imaginaires qui lui sont associés, imaginaires de « victimisation », de 3 « satanisation » des coupables ou celui du « Sauveur providentiel » (Charaudeau, 2016) circulent et se retrouvent reconfigurés dans ces contenus.

Les angles d’approche peuvent être multiples. A titre d’exemples :

1-Les représentations des populismes
-Le traitement de la question du populisme dans les films et séries à contenu politique ou dans des documentaires ;
-les représentations des démocraties et des systèmes politiques totalitaires ;
-Les biopics des hommes politiques ou des contestataires de l’ordre établi (Napoléon, Lon, Che Guevara, Idi Amin dada, Nixon, Thatcher…) ;

2- Les formes et formats « populistes » :
-Les émissions qui mettent en scène le personnel politique comme people ;
- Les contenus qui mobilisent les affects et les émotions collectives ;
-Les séries qui traitent des questions politiques « au nom du peuple » ou les émissions qui revendiquent de parler en son nom ;

3- La critique des populismes
-Les traces (intégration ou critique) du discours populiste dans les représentations artistiques (littérature, théâtre, cinéma) ou médiatique ;
-Les dystopies dans le cinéma de science-fiction contre le populisme (les adaptations de 1984) ? Peut-on classer des films ou séries de SF comme populistes (Judge Dredd, V pour Vendetta [qui popularise le masque « anonymous »]) ?
-Les médias/réseaux populistes vus par le cinéma ou les séries. Par exemple l’attaque d’une presse qui profite de la souffrance pour attirer les lecteurs en jouant sur les affects : Le Gouffre aux chimères Film de Billy Wilder, 1951 (Titre original : Ace in the Hole puis The Big Carnival). L’épisode « Chute libre » (Nosedive) de la série Black Mirror sur un réseau social qui met chaque individu sous le jugement permanent des autres.

CALENDRIER :
Les propositions (argumentaires de 500 mots max, accompagné d’une brève notice biographique de 4 lignes) sont à adresser d’ici
au 1er octobre 2024 à martin.barnier@univ-lyon2.fr marie-france.chambat-houillon@u-paris2.fr arnaud.mercier@u-paris2.fr
Une réponse sera donnée le 15 novembre 2024. Les articles devront être envoyés avant le 30 janvier 2025.

Icône PDFaac_le_populisme_et_les_medias_map_.pdf

Numéro de la revue Mise Au Point https://journals.openedition.org/map/