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Thèse : « Le métier politique à travers la littérature au XIX et au XXe siècle ou la mise en scène d'un désenchantement », sous la direction de Jean-Baptiste LEGAVRE
Résumé
La thèse vise à étudier la démocratie, en particulier au prisme du métier politique, à travers la littérature française et à analyser quels apports ce matériau spécifique, l’œuvre littéraire, est susceptible d'apporter à la connaissance. Elle repose sur deux convictions : la première est que la fiction littéraire peut permettre de mieux comprendre les tenants et aboutissants de notre monde, en l’occurrence la démocratie et les évolutions du métier politique ; la seconde est que les agents sociaux ordinaires ont des chances de se représenter la politique à partir de médiations très diverses et hétérogènes dont la littérature.
Nous avons consacré cette première année à préciser les contours de ce projet de recherche en affinant la thèse, en définissant un corpus littéraire et en remettant à jour nos connaissances par la constitution d’une première bibliographie à compléter, en science politique, en sociologie de la littérature et bien sûr en sciences de l’information et de la communication. Cette première année a permis de poser les fondations de ce projet, elle a permis d’avancer même si évidemment l’activité exercée en parallèle comme cadre dirigeant à temps plein - comme secrétaire générale d’une organisation professionnelle – freine le rythme de progression.
Les travaux préparatoires réalisés au cours de l’année ont permis de confirmer l’intuition première du projet de recherche tout en affinant la thèse qui sera soutenue, en l’élargissant du métier politique à la démocratie en général. De fait, la littérature nous parle de la politique et de la démocratie, elle met en scène autant qu’elle questionne les discours de son temps. De façon constante, entre 1850 et 1950, bornes chronologiques que nous envisageons de retenir dans notre étude, des écrivains venant d’horizons divers ont fait part, dans leurs écrits littéraires de fiction, de leurs doutes sur la démocratie naissante puis ont mis en scène leur désenchantement de la démocratie installée. Pendant un siècle environ, la postérité, sans doute soucieuse d’asseoir une République et une démocratie hésitantes séduite ensuite par l’élan social et humaniste d’après-guerre, a été « sélective » et est passée à côté des « mises en garde » continues émises par de nombreux écrivains sur la démocratie comme un système capable de générer une gouvernance stable et éclairée et de produire une société conduisant à l’égalisation dans les faits des conditions.
Pour la constitution du corpus littéraire, nous avons fait le choix de nous éloigner des chemins balisés de la littérature « officielle », celle qui porte le projet républicain, pour nous tourner vers des écrivains, soit dont le lien avec la politique est a priori ténue, soit vers des écrivains relevant de la littérature dite populaire ou policière par exemple, et donc plus à la marge de l’espace littéraire. Et pourtant, de nombreux écrivains fort différents tels que Gustave Flaubert, Jules Verne, Octave Mirbeau, Marcel Pagnol, Maurice Druon ou George Simenon, mettent en scène une certaine vision du monde politique et ce faisant de la démocratie, du métier politique, des relations triangulaires entre les hommes politiques, les citoyens, les journalistes. Ces aspects de leur œuvre littéraire, romanesque ou théâtrale, ont longtemps été oubliés, par négligence, par mépris, et font parfois l’objet d’une redécouverte et d’une reconnaissance récente. Nous analyserons la manière dont ces auteurs se représentent et nous présentent la démocratie, le métier politique, les relations homme politique-journaliste-citoyen, ainsi que les doutes qu’ils émettent sur le fonctionnement de la démocratie, le suffrage universel, le rapport aux savoirs et aux élites comme condition du succès. Cette analyse permettra de mettre en lumière le positionnement de l’écrivain dans l’espace littéraire, avec une double tentation à la fois « aristocratique » et « anarchiste », mais aussi les conditions de l’accueil des œuvres par la presse de l’époque.
Lors de l’année qui s’ouvre, nous nous attacherons à affiner encore le sujet et notamment ses bornes chronologiques et thématiques et à stabiliser le corpus littéraire retenu, idéalement d’ici fin 2025, corpus qui a des chances d’être élargi à Marcel Aymé, Louis Guilloux et Georges Feydeau – en s’arrêtant avec l’émergence du Nouveau Roman, courant qui tend à assécher les thèmes politiques dans la littérature au moins provisoirement. En outre, cette 2ème année devra permettre de poser une méthodologie permettant d’analyser les discours portés par ces œuvres littéraires : vision du système politique et de la société, regard sur la démocratie, évolutions du métier politique, place des journalistes dans la formulation de ces discours notamment.
Ces travaux viseront à confirmer l’hypothèse de la « mise en scène d’un désenchantement » du monde politique dans un état démocratique. Plus qu’un rejet de la démocratie, les écrivains semblent au contraire, dans une dimension prophétique et d’anticipation, alerter les lecteurs-électeurs sur les écueils à éviter. L’accueil réservé par la presse à l’époque à cet aspect de leurs œuvres sera également étudié pour montrer combien le pouvoir et la société de l’époque n’étaient pas toujours prêtes à entendre ces alertes. Cette approche, au-delà de la redécouverte de certains aspects d’un auteur ou d’une œuvre que la postérité avait pu négliger, permettra de montrer en quoi l’analyse de discours littéraires apporte à notre compréhension de la démocratie et de ses difficultés que des écrivains avaient largement anticipées.