Soutenance HDR Bibia Pavard

Nous sommes heureux de vous annoncer que la soutenance de l'Habilitation à diriger des recherches en histoire contemporaine de Bibia Pavard, a eu lieu le lundi 9 février 2026 à 14h, à l'Université Toulouse-Jean Jaurès.

Contenu
bibia2
Texte

Le dossier est composé de 3 volumes

  • Un mémoire de synthèse de l'activité scientifique de la candidate : Les temps changent. Trajectoire d'une historienne des femmes et du genre au XXIe siècle (137 p.)
  • Un mémoire de recherche inédit : La douleur et le soin. La méthode Karman et l'avènement d'une nouvelle sensibilité à l'avortement dans les années 1968 (315 p. + volume d'annexes 79 p.)
  • Un volume de travaux scientifiques : A corps et à cris. Féminismes, médias et santé reproductive (331 p.)

Le jury est constitué de

Philippe Artières, EHESS (Examinateur)
Claire Blandin, Université Sorbonne Paris Nord (Examinatrice)
Maud Bracke, Université de Glasgow (Examinatrice)
Sylvie Chaperon, Université Toulouse Jean Jaurès (garante)
Gerd Rainer Horn, Institut d'études politiques de Paris (Rapporteur)
Hélène Quanquin, Université de Lille (Rapportrice)
Anne Rasmussen, EHESS (Rapportrice)

 Résumé du mémoire inédit : « La douleur et le soin. La méthode Karman et l'avènement d'une nouvelle sensibilité à l'avortement dans les années 1968 »

Le manuscrit propose une enquête sur la diffusion de la méthode d'avortement par aspiration manuelle, dite méthode Karman, qui connaît une large circulation dans les années 1970. À un moment charnière de transition entre avortement illégal et légal dans de nombreux pays, cette technique simple, peu coûteuse et facilement transmissible accompagne une véritable « révolution de l'avortement », à la fois innovation médicale et projet politique de transformation sociale. Elle est mise au service d'un idéal d'avortement dit « non-traumatique », capable de répondre à des objectifs multiples et parfois contradictoires : les luttes féministes pour l'autonomie corporelle des femmes, la critique radicale de la médecine institutionnelle, les politiques de planning familial visant la limitation de la population mondiale, et la rationalisation des pratiques hospitalières.

L'itinéraire de Harvey Karman, inventeur et promoteur infatigable de cette technique, et de sa méthode elle-même servent de fil conducteur à cette histoire. Personnage controversé, il parvient néanmoins à s'imposer dans les années 1970 comme un entrepreneur central de l'avortement par aspiration, capable de convaincre des protagonistes très divers — élites médicales, médecins militants, acteurs du planning familial et collectifs féministes — de l'intérêt de cette technique. Son parcours et les débats qu'il suscite permettent d'éclairer les rapports de pouvoir, les alliances fragiles et les conflictualités qui traversent cette révolution de l'avortement.

À travers les circulations des canules Karman et de leurs usages, de l'Europe de l'Est aux États-Unis, du Bangladesh aux « pays en voie de développement » à l'Europe de l'Ouest, le manuscrit retrace les appropriations multiples selon différents « scripts » avant l'intégration progressive de cette pratique à l'hôpital avec la légalisation de l'avortement. Il défend l'hypothèse selon laquelle cette méthode contribue à la transformation des sensibilités à l'avortement : le passage d'un avortement vécu comme épreuve douloureuse et culpabilisante à un avortement conçu comme un soin, attentif au corps et aux émotions des femmes. Fondée sur un vaste corpus d'archives (sources militantes, institutionnelles, judiciaires, médiatiques et entretiens) collectées dans plusieurs pays, cette enquête se situe à la croisée de l'histoire des féminismes, de l'histoire des sciences et techniques médicales et de l'histoire des cultures sensibles, afin de renouveler le récit de la libéralisation de l'avortement par une approche matérielle, transnationale et incarnée.

Partager cette page