Projet InfoAlt : La consommation d’information en régime numérique : entre médias traditionnels et médias alternatifs

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Le projet vise à analyser comment les individus accèdent, sélectionnent et interprètent les informations dans un contexte de plateformisation (Rebillard & Smyrnaios, 2019), en s’intéressant plus spécifiquement à la place des médias dits « alternatifs » ou « indépendants » (Christin, 2018) dans les pratiques ordinaires, et leur articulation aux médias « traditionnels » ou « historiques », à partir de l’analyse d’un questionnaire par méthode des quotas et d’une enquête par entretiens sur les usages informationnels.

Avec l’abaissement des barrières à l'entrée et plus grande facilité à produire et à diffuser des contenus, notamment textuels ou audiovisuels, nous avons vu l’apparition de nouveaux acteurs produisant de l’information et des commentaires de l’actualité (Assilaméhou-Kunz & Rebillard, 2022; Douyère & Ricaud, 2019). Si de nombreuses recherches ont porté sur ces pratiques professionnelles (leur modèle économique, les logiques de professionnalisation à l’œuvre, le rapport aux metrics produites par les plateformes) la consommation informationnelle fait l’objet de moins d’attention, à l’exception des plus jeunes dont les usages sont plus fortement scrutés (Boyadjian, 2022).

Plusieurs enquêtes dressent un panorama assez large des consommations informationnelles. Nous disposons déjà une vision assez nette de la structuration sociale des pratiques de consommation des médias d’information (Louguet, 2023) et on sait déjà bien que les classes supérieures s’informent davantage, en ayant recours à une plus grande diversité des sources (Comby et al., 2011; Jouët et al., 2013). Les médias traditionnels (télévision, radio, presse) restent incontestablement centraux dans toutes les études de pratiques, malgré un faible recul face aux nouveaux entrants, en particulier ceux issus des espaces numériques. Et plusieurs enquêtes soulignent la dimension complémentaire du recours aux médias traditionnels et numériques (Granjon & Le Foulgoc, 2011).

Cependant, ces acteurs de l’information sont souvent rangés dans des catégories très larges comme les « réseaux sociaux » ou les « sites web d’information », ou renvoyés aux plateformes elles-mêmes (consommation de « Facebook », « Youtube », « Twitter », etc.), sans que l’on sache ce que ces catégories recouvrent exactement pour les répondants à ces enquêtes en termes de type de contenus consommés. De plus, on a peu de détails sur les modalités exactes de consommation, a fortiori lorsqu’il s’agit des nouvelles consommations médiatiques : comment ces contenus sont découverts, sélectionnés, partagés ? À quels créateurs accorde-t-on sa confiance, et à partir de quels éléments ? En quoi ces créateurs de contenus politiques sur les plateformes offrent réellement une alternative aux médias traditionnels pour leurs audiences ? Le projet vise ainsi à saisir ces pratiques « en fonction de la configuration des situations quotidiennes » (Figeac, 2007). Comment rendre compte de l’articulation complexe des modes d’accès à l’information ?
Le projet est mené au sein de la Chaire MediaM, en co-construction avec le détenteur de la Chaire (Quentin Gilliotte), et en miroir d’un projet de recherche sur les créateurs de contenus politiques sur les plateformes audiovisuelles (YouPol).